C’est en réponse à une demande d’Attac Aubagne, de participer à un débat sur la « mal bouffe », en pleine crise de la « vache folle », en janvier 2001, que Daniel et Denise Vuillon, proposaient ce concept comme une solution à leurs difficultés d’exercer et maintenir leur activité d’agriculteurs.
« Cela faisait un an que nous avions connu ce système lors d’une visite chez notre fille à New York mais, nous avons attendu que des militants soucieux du contenu de leur assiette, nous permettent d’en parler.
Trois réunions ont été nécessaires pour rassembler les gens autour du concept. »
C’est seulement quand ces consommateurs ont été informés, quand ils ont été « sensibilisés » que nous nous sommes lancés dans l’expérience du système avec eux.
Après avoir débattu du projet, de tout ce que nous savions sur le C.S.A (community supported agriculture) que nous avions visité aux USA, il s’est trouvé suffisamment de militants prêts à « agir » avec nous et nous permettre de démarrer cette expérience qui s’est avérée une bonne alternative économique.
Daniel et moi, nous étions prêts, et dans le groupe de consommateurs, certains se mobilisaient pour porter le projet.
Aux Olivades, avait lieu la 1ere journée « portes ouvertes » avec les consommateurs d’Aubagne.
A cette journée « porte ouverte » nous avons raconté l’histoire de notre ferme et l’intérêt commun que nous avons, à défendre ces belles terres nourricières.
Nous avons fait une présentation économique, et exposé nos difficultés conjoncturelles pour une meilleure compréhension des problématiques agricoles.
Nous savions que le concept était basé sur la confiance;
Pour mériter cette confiance, nous avons donc joué la transparence et donné tous les détails sur nos mode de cultures, leurs coûts, la bio diversité, notre choix de produire en saison et des fruits et légumes à forte valeur gustative.
La visite des jardins a permis aussi le rapprochement avec le travail de la terre et la compréhension des éventuels aléas que nous aurions à partager dans l’Amap.
Nous avons mis à plat tous les avantages pour nous, producteurs, à être soutenus, et tous les avantages que pourrait en tirer le consommateur dans cette nouvelle façon de « consommer » dans une action de solidarité et pour une meilleure santé.
C’est ce jour là qu’est née la relation entre nous.
C’était la 1ère distribution de l’Amap avec 40 familles d’Aubagne dont certaines sont toujours à l’Amap et certains font partie du « comité de pilotage » ou Bureau, si l'Association est « loi 1901 ».
Pour l’organisation matérielle des rôles de nos partenaires et de l’organisation des distributions, j’avais pris le modèle de la CSA « Roxburry Farm » que j’avais visité à New York et toutes les informations que nous avait données Cathy Lorrens de Just Food ». (L’Alliance Provence des CSA de NY)
Très vite, à cette AMAP, s’est associé le développement des autres AMAP.
De nombreuses demandes d’information et d’installation nous arrivaient.
La 2ème Amap du Flayosquet (produits laitiers) naissait à Draguignan (Var) avec des consommateurs pionniers.
La demande d’informations était de plus en plus forte, beaucoup de consommateurs avaient envie de se nourrir sainement dans le respect de l’espace naturel. Aussi, Daniel et moi nous avons commencé à créer des AMAP dans toute la région PACA sur le même modèle de cette 1ère expérience.
Nous étions seuls producteurs à accompagner, sensibiliser et essaimer.
En octobre 2001, je transforme la clientèle de mon point de vente directe en proposant la création de la 2ème Amap aux Olivades avec 2 distributions de 50 familles.
Le groupe d’Aubagne passe de 42 à 50 familles.
Pour faire la preuve que le concept AMAP était une véritable alternative économique, à partir du printemps 2003 les Olivades passent 100% en AMAP pour l’écoulement de la production auprès de 3 groupes de 70 familles. Il nous a semblé important de faire cette expérience du 100% en AMAP pour nous permettre de calculer les ratios : nombre de consommateurs/ surface utile, et de pouvoir calculer le véritable « prix du panier » puisque c’était notre seul revenu.
Cela nous a permis, outre le maintien de l’activité agricole aux Olivades, de créer 4 emplois permanents qualifiés alors que depuis 2 ans nous étions contraints de fermer notre point de vente directe en hiver et de n’avoir que des travailleurs saisonniers.
Si nous n'avions pas partagé notre expérience, si nous étions restés enfermés dans notre jardin avec nos consommateurs, je ne suis pas sûre que les AMAP se soient développées.
Nous avons mis notre expérience de maraîchers en AMAP au service des producteurs candidats à l' AMAP pour la sensibilisation, l'accompagnement, les échanges techniques et conseil pour la formation à produire sain et pouvoir respecter la Charte des AMAP.
À l’initiative de Daniel et moi, le 10 mai 2001, avec les consommateurs pionniers de notre première AMAP à Aubagne, nous fondons ALLIANCE PROVENCE et Daniel en est le président fondateur.
La Région Provence Alpes Côte d’Azur s’est aussi rapidement positionnée comme partenaire financier.
Cette aide allait nous permettre de créer une structure régionale pour nous aider à développer le concept et créer les autres AMAP, ce que nous avons appelé ESSAIMAGE.
L’Association « Alliance Provence », structure régionale associative, est un outil pour la coordination des demandes, pour répondre aux demandes d’informations et aider à la création et au développement des AMAP en Région PACA. Les acteurs bénévoles sont la substance de la structure.
Les initiateurs (producteurs et consommateurs), au conseil d’administration d’Alliance Provence nous nous sommes beaucoup investis bénévolement dans la promotion du concept et sur le terrain de l’aide à la création d’AMAP. Nous avons fait une centaine de visites de ferme.
Les premières AMAP créées ainsi sont pérennes et, 7 ans après elles existent toujours.
En 2003, les fondateurs d’Alliance Provence soucieux de garantir l’éthique des pratiques agricoles et sociales dans les AMAP, nous proposons de faire une Charte des AMAP.
J'ai insisté pour que cette Charte soit déposée, nous n'étions pas nombreux à y travailler.
Personnellement j'ai amendé le point 3 des Principes de la Charte, consciente que les pratiques devaient aller vers une qualité sanitaire certaine mais, que, la méthode pour y arriver devait tenir compte de paramètres plus humains que des « objectifs certifications » ou des « contrôles ou évaluations même participatifs ».
Daniel est signataire mandaté de la Charte des AMAP.
En 2 années d'essaimage, je trouvais que le chapitre 4 : « comment créer une AMAP » ne reflétait pas ce qu'était le processus réel de création des AMAP qui se forgeait sur le terrain mais je me disais qu'on ferait évoluer cette Charte à mesure qu'on ferait l'évaluation de notre méthode d'essaimage.
Il se trouve que Daniel et moi nous avons été seuls producteurs essaimeurs pendant 3 ans et toutes les AMAP naissaient de l'accompagnement et de la transmission de notre expérience de l'AMAP et aussi de 30 ans de métier de maraîchers. Nous aidions les créations en Provence mais aussi dès 2003 au plan national, en midi-pyrénées en Haute-Savoie, en Ile de France, ...
En 2004, pour se répartir géographiquement l’essaimage des AMAP en PACA, je propose la création des antennes locales, 6 secteurs, avec, dans chaque antenne, la responsabilité partagée entre un référent consommateur et un référent producteur expérimentés en AMAP pour développer le concept.
Il ne s'est pas créé une seule AMAP sans cette méthode et son étape préalable incontournable : la visite de la ferme, une sorte d'expertise où qui, mieux que le producteur expérimenté en AMAP peut se prononcer sur la faisabilité du projet d'AMAP.
Selon cette méthodologie d'essaimage, en 7 ans nous sommes 120 AMAP maintenant en région PACA.
Depuis 2005, Alliance Provence n'a plus de producteurs essaimeurs, elle a perdu sa substance et les AMAP qui se créent sans cette dynamique socio professionnelle ont souvent des problèmes de viabilité.
Dès le début nous avons eu des « structures partenaires » au conseil d'administration d'Alliance Provence, comme la Confédération Paysanne , l'A.B. du 06 et du Var etc. mais, en 2004, la modification des Statuts nous donnait 4 collèges ( AMAP, Individuels, producteurs en AMAP et partenaires) avec 25% des voix chacun; C'était le début des hostilités et du piratage de notre beau partenariat .
Alors que de 2001 à 2005 Daniel fut Président plébiscité d'Alliance Provence, et moi Secrétaire », en octobre 2005 la pression de certains consommateurs et des structures partenaires nous obligea à démissionner.
Dès 2000 à la Confédération Paysanne du Var nous avons réuni les producteurs pour les sensibiliser au concept. On créait la commission « Réseaux de proximité »
Mais le syndicat qui se positionnait favorablement à l'alternative économique n'avait pas d'action particulière sur le terrain du développement du partenariat.
En janvier 2001 je suis élue « Confédération Paysanne » à la Chambre d'Agriculture du Var grâce aux 47% des voix obtenues par un syndicat porté par un élan de défense de l'agriculture paysanne, anti OGM etc. qui avait mobilisé beaucoup d'agriculteurs.
Mais, le syndicat majoritaire (FDSEA) de la Chambre, marginalisait le concept en nous traitant d'utopistes, je n'ai pas pu travailler sur le concept avec la Chambre .
En août 2000, Daniel alors au bureau de la conf du Var, répond à l’Alliance Paysans Écologistes Consommateurs (Paris) qui demande la liste de nos adhérents Conf. du Var.
Daniel répond et il en profite pour envoyer le dossier que nous avions fait sur le concept, découvert aux USA chez note fille et que nous avions appelé AMA : Association pour le Maintien de l'Agriculture.
Ensuite, je trouve utile d'ajouter la lettre « P » de Paysanne en référence à la charte de l'agriculture Paysanne et pour bien identifier notre choix et nous distinguer de l'agriculture productiviste. AMA devenait donc AMAP.
En octobre 2000, la perspicace Julie Deffieux, animatrice à l'Alliance Pec, la seule au courant du projet d'AMAP nous sollicite pour participer à l’Appel à Projet du Secrétariat d'État à l'Économie Solidaire.
Edith, Denise et Daniel Vuillon, maraîcher à Ollioules (Var), nous rédigeons le dossier et l'envoyons à Julie qui demande une signature en urgence à un administrateur d'Alliance PEC.
Le projet : présentation du système AMAP et budget prévisionnel pour mise en application.
Il a été retenu, et cela nous attribuait une 1ère aide de l’Etat et lAlliance PEC nous ponctionne 25 000 FRF au passage pour avoir servi de boîte aux lettres...
C'est seulement en cohérence et pour faire référence à « l'alliance », au « rapprochement » des consommateurs et des producteurs, qui est le symbole même de l'AMAP et de l'objet d'Alliance PEC que Daniel nomme notre structure Alliance Provence Paysans Ecologistes Consommateurs.
En 2002 Alliance PEC Paris, organise un colloque européen où je suis allée présenter l'AMAP, ce qui fut le début de notre collaboration avec le Conseil de l'Europe (financeur de l'évènement).
Mais, c'est seulement en 2003, que Daniel est invité à l'A.G. d'Alliance PEC Paris pour présenter le concept AMAP, aux administrateurs alors que nous avions déjà accompagné 37 AMAP en PACA.
Au sein d'Alliance PEC Paris et comme dans toutes les structures partenaires, les acteurs responsables de chaque structure adhérente à Alliance Pec, n'étaient pas mobilisés ni acteurs de cette démarche innovante qu'était l'AMAP.
Ainsi, avec les contacts que nous avons dans toute la France et depuis 2002 , nous continuons l'essaimage que nous avions commencé avec Alliance Provence.
Le contact avec Alliance PEC puis Alliance IDF, nous l'avions avec Nicolas Laurent, que nous avons accueilli, nourri et logé gratuitement pour se former sur le concept, pendant 3 semaines en 2003.(j'ai été jury de son mémoire de fin d'étude ).
La structure Alliance PEC, a fait sa dernière réunion un soir de février 2004 au moment du colloque.
L'objet de la réunion était de réfléchir à l'opportunité pour Alliance PEC de fédérer les AMAP au niveau national; Mais le sursaut de la structure n'a pas eu lieu, les administrateurs n'étaient pas mobilisés comme nous, sur le concept AMAP, donc il n'y a pas eu de suite et Alliance PEC n'a jamais plus été active, et ce fut sa dernière réunion.
Ce colloque a été un événement exceptionnel. La salle Agora de la Communauté d'Agglomération d'Aubagne été comble et la rencontre des expériences de partenariats locaux du monde entier reste un souvenir inoubliable.
Les acteurs producteurs et consommateurs de PACA ont hébergé les invités internationaux et participé activement et bénévolement au colloque.
La participation d'Alliance PEC s'est limitée au fait que l'animateur de la structure ait porté le dossier de financement qui a permis d'organiser l'évènement :
Notre structure Alliance Provence n'a pas mis un sous dans le projet et, après l'évènement, n'a pas accepté de payer les frais des « Actes du Colloque » qui sont toujours aux Olivades.
De la commission agricole d’Alliance Provence est né un véritable réseau des producteurs en AMAP
En 2008, le réseau des producteurs en AMAP PACA existe toujours en dehors d'Alliance Provence.
Il compte une cinquantaine d'agriculteurs en AMAP qui se réunissent 4 à 5 fois par an, chez un producteur, pour échanger, se former etc.
La plupart des AMAP actuelles en France sont nées de « Personnes Ressources » désireuses de « monter » une AMAP selon la méthode de transfert de la 1ère expérience, de ses bases éthiques et dans l'état d'esprit initial.
Nous avons refusé les orientations d'Alliance Provence et l'ingérence des diverses structures au sein d'Alliance Provence .
Nous avons réunis tous les contacts que nous avions en France, et :
Je propose la création de CREAMAP France
Nous étions responsables de l'essaimage et nous avons mis en place la méthode d'essaimage c'est à dire la prise en main des problématiques professionnelles en AMAP, sensibilisation, transfert de notre expérience, expertise et accompagnement et c'est en binôme producteurs et consommateurs que nous intervenons sur le territoire français, dans les pays de l'Est et au Maroc:
J'ai été invitée à présenter CREAMAP et à débattre d'essaimage à AMAP IDF.
En IDF, il y a un si grand nombre de consommateurs demandeurs et sensibilisés, qu'il s'en trouvent suffisamment pour accompagner admirablement les projets d'AMAP. Nous avons gardé de bons contacts avec certaines personnes ressources avec qui nous avons visité leur AMAP.
Un producteur et une consommatrice d'IDF sont membres actifs à CREAMAP France.
Au Bureau d'Idf, pour aborder l'essaimage, j'ai évoqué le problème d'échecs de certaines AMAP probablement liés au mauvais calcul du prix du panier qu'une structure technique avait arbitrairement fixé à 15 €.
En IDF trop d'AMAP se constituaient sans validation professionnelle, mettant en péril l'éthique, la bonne image et la durabilité du concept.
Par souci de pérennisation des AMAP je faisais état de l'efficacité de la méthode d'essaimage de CREAMAP basée sur 7 années d'expérience, consciente que la difficulté majeure en région parisienne était le manque de producteurs.
CREAMAP est composé de personnes physiques (statuts) et a fonctionné sans aucune subvention depuis sa création.
CREAMAP France ne cesse d'être sollicité pour l'aide à la création d'AMAP, la sensibilisation au concept et souvent la « mise à plat » des problèmes de fonctionnement d'AMAP existantes.
CREAMAP intervient aussi sur les questions de production en AMAP, l'accompagnement professionnel des agriculteurs
CREAMAP informe les médias sur le concept et son développement en France. Elle est l'interlocuteur des Institutionnels.
A chaque nouvelle action d'essaimage, le Centre de Ressource pour l'Essaimage des AMAP en France CREAMAP, s'enrichit de nouveaux membres actifs pour l'essaimage.
Les principales valeurs partagées dans l'AMAP sont abstraites et parfois difficiles à représenter et seuls les acteurs peuvent les transmettre en témoignant de leur expérience.
La force de l'engagement et de la mobilisation des consommateurs, associée à la conviction et l'action des producteurs initiateurs porte les AMAP et assure la durabilité du système.
Toutes ces actions individuelles rassemblées sont en train de construire le nouveau paysage agricole et commencent à être reconnues.
L'action de CREAMAP c'est de mettre en valeur ces démarches et de les accompagner.
Ce concept est innovant, y compris dans sa forme institutionnelle et n'a pas besoin pour se développer d'une grosse structure à gros budget, regroupant d'autres structures à fonds publics, mais de l'action et de la prise de responsabilité des paysans et consommateurs qui le mettent en œuvre.
C'est pourquoi l'action sensibilisation/accompagnement professionnel agricole de CREAMAP doit rester sur le terrain de chaque expérience et qu'il faut se donner le temps de faire chaque nouvelle AMAP « comme la 1ère fois ».
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