CREAMAP France

Les Teïkei et CREAMAP

Symbole du partenariat local producteur/consommateur

Les Teïkei et CREAMAP ?

Le fait de commencer, sur CREAMAP France, par donner des nouvelles des Teïkei au Japon, berceau du concept dès les années 70, cela me rappelle, quand, en février 2004 nous avons organisé le 1ér colloque des AMAP, Teïkei, CSA, ASC et tous les partenariats locaux producteurs/consommateurs connus.

Les français nous disaient : « les AMAP ne sont pas encore bien connues en France et vous organisez déjà un rassemblement international ».

Eh oui, vous savez que notre système AMAP, avant même, que nous mettions en place la première AMAP à Aubagne, était déjà nourri et enrichi des expériences du monde entier.

C’est notre fille Édith qui avait fait ces recherches et qui nous a fait les traductions de tous les documents qui nous ont tant servi et qui sont toujours les bases du partenariat AMAP.

Ces divers contacts, maintenus, ont permis l'organisation du 1ér colloque et le lien permanent nous a permis à tous d'essaimer et d'élargir le concept à d'autres pays, Afrique, pays européens, avec l'aide d'Urgenci.

Voici des nouvelles fraîches des Teïkei et de leur évolution; suite au Symposium de Kobe.

Denise Vuillon

Symposium de Kobe au Japon du 22 au 28 mai 2008

Invité à intervenir dans le cadre d'un symposium sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur la souveraineté alimentaire et les productions agricoles à Kobe du 23 au 25 Mai,je vous ferai part ici de mes observations sur ce que j'ai pu voir et ressentir plus qu'un compte rendu détaillé des multiples rencontres et visites que j'ai pu faire dans un temps pourtant très court.

Une généralité tout a fait étonnante: le Japon, 150 millions d'habitants, est le seul pays développé (2ème puissance économique mondiale) à avoir su garder ses paysans: 15 millions soit 10% de la population! ( 0,8 % en France!!!). En plus cette agriculture n'est pas du tout exportatrice mais essentiellement nourricière de proximité. Et même si aujourd'hui elle ne couvre que 40% des besoins de la population, elle est capable de la nourrir toute si cela était nécessaire.

Pourquoi ce constat? A mon avis plusieurs raisons:

Dés 1945, à cause de son insularité puis de son relief puis de sa densité de population, les autorités japonaises ont préservé les bonnes terres agricoles de toutes autres activités.

Dés les années 60, à cause de l'insécurité alimentaire les mères de famille ont crée les Teïkeï, véritable bouée de sauvetage des petites fermes.

Les japonnais sont très attachés à leur tradition culinaire, cuisine excessivement diversifiée qui utilise énormément de produits différents. C'est aussi un vrai régal.

Ils ont la culture de la perfection, de la précision et du raffinement, d'où une très grande exigence sur la qualité des produits qu'ils consomment sur la fraîcheur sur la proximité et les circuits courts.

Autre constatation, en dehors des Sumo (!) on ne voit pas d'obésité dans la rue, ce qui sous-entend une bonne nourriture, riche mais équilibrée car ils ont une puissance de travail fantastique.

Les teïkeï : d'abord, première observation, il en existe une très grande quantité encore aujourd'hui.

Mais ce mouvement n'est jamais arrivé à se fédérer ni s'organiser au niveau régional encore moins au national(tiens,tiens!), les acteurs du mouvement se disputant continuellement entre les puristes100% en Teïkeï, les bio et moins bio et les dérives, dont les grandes coopératives de consommateurs. Cela signifierait-il que ce mouvement est inorganisable? Pourtant l'ambiance dans chacun d'entre eux reste géniale d'après ses acteurs. Toujours est-il qu'il est très difficile de connaître leur nombre d'une façon précise.

Ce mouvement , maintenant ancien au Japon, est un peu ringard pour les jeunes qui recherchent des formes plus dynamiques pour la commercialisation de leur production. Mais quelle ne fut pas leur surprise lorsque je rendais hommage à leur initiative en leur montrant que leur concept contenait des principes universels qui se développaient ainsi dans tous les Pays, riches ou pas, au Nord comme au Sud; qu'il était l'expression d'un grand modernisme puisque porté par des jeunes. ( l'âge moyen dans nos AMAP est de 32 ans)

Cela a beaucoup ému les anciens, producteurs et consommateurs, créateurs du concept qui ignoraient que leur idée connaissait aujourd'hui un essor impressionnant partout sur la planète.

J'espère que ce témoignage participera à une relance du concept chez eux et que les jeunes, producteurs comme consommateurs, en auront compris son actualité.

Sur le débat continuel aussi au Japon sur la bio, certifiée ou non, une constatation: 5000 paysans sont bio certifiés, 225 000 sont bio sans certification (en particulier ceux qui sont en teïkeï).La certification est très onéreuse et très contestée. Depuis 2 ans les pouvoirs publics encouragent une agriculture propre et en particulier l'agriculture biologique.

Les exploitations agricoles sont minuscules. Ainsi dans la région de Kobe où j'étais il y a 100 000 fermes dont la moyenne des surfaces est de 0,7ha. Sur ces fermes on cultive d'abord du riz, puis des légumes et si c'est en couple, de la volaille.

Les fermes sont trop petites pour pouvoir embaucher. La plupart du temps le paysan travaille seul ,aidé par sa famille. La petite mécanisation est très développé surtout pour la production de riz même pour les petites fermes.

La culture sous serres tunnels est présente mais l'existence de typhon freine son développement.

La région de Kobe participe au soutien de son agriculture par la construction de 500 marchés couverts dispersés sur le territoire mais les paysans peuvent difficilement quitter leur ferme pour la vente directe sauf s'ils travaillent en famille.

Un des très gros challenge de l'agriculture japonaise est le renouvellement des générations; en effet 40% des agriculteurs japonnais ont plus de 65 ans!

Les jeunes sont plus attirés par l'extrême modernisme des villes que par le traditionalisme des campagnes. Redonner une image positive de l'agriculture est absolument nécessaire avec en plus des mesures incitatives à l'installation.

Une autre constatation qui laisse rêveur: la seule filière agricole qui a connu une forte diminution du nombre d'agriculteurs est la filière lait mais c'est aussi la seule filière dont le prix était garanti par l'État à un prix très rémunérateur. Y a-t-il un lien? Toujours est-il que dans cette filière le nombre d'éleveurs sur tout le Japon est passé de 1500 à 20 ! mais le nombre de vaches est resté le même!

Sur ces exploitations restantes le nombre de vaches laitière varie de 1000 à 1500 ! (bonjour la traite !)

Je n'ai pas pu visiter ce type d'élevage qui se pratique beaucoup plus au Nord dans la région d'Hokkaïdo.

Concernant la bio-diversité, aucun frein n'existe à son maintien, seulement des mesures phytosanitaires sur l'importation de semences ( le doryphore n'existe pas au Japon par exemple d'où des contrôles sur les importations de semences de pomme de terre).

En conclusion,pour la relance des teïkeï je leur ai proposé de faire le prochain colloque d'Urgenci au Japon où les délégations étrangères rendraient un hommage reconnaissant aux fondateurs du concept. Les consommateurs ont déjà répondu positivement à cette idée, la balle est maintenant dans les mains du Comité d'Urgenci où siègent 2 japonnais.

Vous trouverez en pièce jointe (traduite de l'anglais par Pierre Besse, paysan essaimeur de Midi-Pyrénées) « la déclaration de Kobe » issue du symposium auquel j'ai participé et qui sera remis aux Présidents des Pays du G8 qui se réunissent en juillet au Japon.

Bien sur ce texte pourrait être complété par bon nombre d'autres recommandations mais déjà si les 4 décrites étaient prises en compte par les pays les plus riches, la planète se porterait déjà mieux !

Je voudrais remercier Rudi Berli, paysan du jardin de cocagne de Genève (qui n'a rien à voir avec les jardins de cocagne français) qui a participé avec moi au symposium et qui a eu la gentillesse d'assurer la traduction pendant tout mon séjour car notre guide permanent japonnais s'exprimait en anglais.

Par ailleurs nos nombreux échanges pendant ce voyage m'ont fait découvrir plus en détail l'agriculture suisse et je pense qu'il serait très intéressant d'organiser début 2009 un voyage en Suisse à la découverte de cette agriculture , exemplaire sur bien des côtés!

Toujours est-il qu'en Suisse les ACP: agriculture contractuelle de proximité ( les AMAP chez nous ) connaissent un fort développement en ce moment. Elles se sont fédérées ce printemps dans la FRACP: Fédération Romande pour l'Agriculture Contractuelle de Proximité.

Le 3 Juin 2008,

Daniel Vuillon

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