Marc et Laëtitia sont maraîchers en AMAP en Corse, près de Porto Vecchio. Leur AMAP a 2 mois d'interruption en juillet et en août, c'est un choix qui satisfait à la fois les producteurs qui ont un énorme créneau commercial du au tourisme et les consommateurs qui, pour beaucoup partent de la Corse ces 2 mois d'été.
CREAMAP et CorsicAMAP (réseau des AMAP corse)ont été invités à visiter le jardin de Marc et Laëtitia en présence du comité de consommateurs de l'AMAP.
Nous avons mis à plat les bases du partenariat AMAP, suite à quelques difficultés rencontrées au démarrage de cette AMAP en 2006.
A la lecture de la lettre, nous sommes heureux de constater que l'AMAP va repartir en septembre sur de bonnes bases et que les producteurs ont pu faire accepter le juste prix de leur production dans l'AMAP.
Denise Vuillon18 et 25 juin 2008 : 33ème et 34ème distributions
Bonjour à toutes et à tous,
En fait de pique nique, c’est un véritable banquet qui a eu lieu sous le hangar. Les cordons bleus avaient mis sur les tables leur savoir faire. De nombreux coudes se sont levés pour déguster un rosé ou un blanc bien frais.
Mais bien peu ont résisté et n’ont pas hésité, entre l’appel de la sieste ou la visite des champs en plein cagnard. J’espère qu’ils ont bien récupéré…
Un grand merci à tous ceux qui nous ont supporté et qui continuent l’aventure en septembre avec nous !
Retours sur l’enquête de satisfaction : Attention ! Le texte qui suit concerne les insatisfaits.
Diversité et prix reviennent sur le tapis !
Comme beaucoup n’ont pas fait la visite des champs ou le pique nique, ils ont donc raté les explications essentielles au bon fonctionnement d’une amap.
La visite des champs revêt toute son importance pour comprendre la composition d’un panier : de la graine jusqu’à l’assiette, sans oublier le prix !
Si les prix étaient réellement rémunérateurs sur le marché des GMS pour une exploitation comme la mienne, je n’aurais pas basculé en vente directe ni en amap !
Les prix de mes produits correspondent à la réalité de leur coût de production.
Ils doivent rémunérer le travail de nos salariés et le travail de la famille du producteur !
Nos clients de vente directe qui nous soutiennent depuis des années l’ont bien compris.
Mais l’amap c’est plus que de la vente directe.
Rappelons le encore une fois avant de se quitter pour deux mois, l’amap se doit d’être un lieu de solidarité et d’échange entre l’agriculteur, dont le métier est de nourrir l’Homme, et une partie de la société qui fait le choix de soutenir l’agriculture de proximité.
C’est en quelque sorte un pacte pour - n’ayons pas peur des mots – s’offrir un autre choix de société en s’assurant l’autonomie alimentaire avec une réduction d’émissions de CO2 en évitant des transports de longues distances pour apporter sur notre table une pomme, bio ou non, de Patagonie, des haricots verts du Kenya ou des clémentines et des melons du Maroc par exemple.
Le SMAG (salaire minimum agricole) au Maroc est de 6 euros pour 8 heures de travail (voire de 5 euros pour 12 heures, hors SMAG) (source chambre d’agriculture de Marrakech).
Sur mon exploitation spécialisée en légumes, le salaire de base pour un ouvrier, compétent ou non, est de 12 euros de l’heure, charges patronales comprises.
Le coût d’une journée de 8 heures (96 euros) chez nous, équivaut à seize journées de travail effectives pour un salarié agricole au Maroc !
Cet exemple rapide, et peu approfondi, montre aisément le décalage de prix qu’il peut y avoir entre les prix des grandes surfaces et les prix du panier.
Car il est clair que si certains d’entre nous sont encore présents sur les gondoles des « hydres » de la distribution – et s’alignent sur les prix des produits d’importations qui sont la règle - c’est au prix d’une gymnastique socio technico-économique où l’agronomie et la taille humaine de l’entreprise cède la place à la chimie, à l’optimisation de la production et de ses coûts, du hors sol sous serre jusqu’à la délocalisation pure et simple de l’entreprise agricole sous d’autres cieux.
Et pour revenir au Maroc, les entreprises agricoles délocalisées que j’ai pu visiter font peu de cas du devenir des sols – nourriciers - qu’elles mettent en cultures. Ainsi, en cas de problème sanitaire irréversible pour le sol, la terre sera abandonnée. Une autre louée et remise en culture et ainsi de suite.
Tant qu’il y aura de la terre …des affaires seront à faire …pour inonder les marchés solvables de l’Europe du Nord.
Merci donc de ne pas nous comparer à l’incomparable.
Luttez à nos côtés !
La diversité engendre des coûts supplémentaires.
Quand ont mène 40 cultures différentes tout au long de l’année pour satisfaire une demande, l’optimisation des coûts de productions est irréalisable.
Tant au niveau de la mécanisation que de la main-d’œuvre et de son savoir faire qui s’érode depuis que l’agriculture ne représente plus que 4% de la population active nationale.
Ainsi, quand un salarié cueille péniblement 1 kg de haricot vert par heure, le prix de vente de ce dernier ne saurait être inférieur à 12 euros pour au moins couvrir les frais de cueillette. N’est-ce pas ?
Alors que le cueilli machine est abordable. Mais là, ce n’est pas une amap qu’il nous faut, c’est « BONDUEL » !
Pourtant vous en avez eu, à 6 euros le kg. Très peu, c’est vrai, les fourmis sont passées par là…
Perte sèche pour l’agriculteur.
Les tomates plantées pour la conserve en septembre sont perdues à cause du mildiou.
Nous avons ressemé. Il faudra à nouveau préparer une autre parcelle et planter encore une fois pour le même résultat et …au même prix…et nous les cueillerons plus tard.
Pour des gens qui nous comprennent ça passe. Mais pour une mise en marché « conventionnelle » on rate en plus la vente !
Ensuite pour une culture et un légume donné, compte tenu de son caractère périssable, quand la récolte commence pour une saison donnée on ne saurait déroger à la production du moment. A moins de jeter.
Mais l’agriculteur ne cultive pas pour jeter…
La diversité se fait au fil des saisons.
Et pour parler chiffre nous nous sommes efforcé, malgré les pertes de récoltes, de remplir vos paniers avec au moins 4 à 7 légumes différents pour les paniers à 10 euros et, 5 à 10 légumes pour les paniers à 20 euros.
Pour les 34 distributions de légumes :
Il y a eu : 99 paniers à 10 euros en plus, et 24 paniers à 20 euros en plus.
Donc ceux qui ont opté pour la formule à 10 euros ont eu deux paniers en plus sur la saison.
Les autres, un panier de 20 euros en plus.
C’est passé comme une lettre à la poste !
Je pourrai rajouter les 120 heures passées (non comptées dans le prix du panier !) pour rédiger les 34 lettres pour expliquer la condition paysanne d’aujourd’hui.
Le producteur ne fut donc pas trop gourmand.
Le consommateur, lui, l’est resté …
Osez le changement !
Sortez des sentiers battus !
Le commerce équitable est à la mode ! Et je suis désolé de vous le faire subir…
Mais d’après Corse Matin, 80% des contrats sont reconduit.
Alors vive l’amap !
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