À tous, et en particulier aux producteurs et Amapiens.
Personne ne peut tenir rigueur aux producteurs des questions climatiques. Il s'agit de cas fortuits et l'intérêt même de l'appartenance à une AMAP n'est-il pas de contribuer au maintien d'une agriculture paysanne ?
Autrefois, et il n'y a pas si longtemps puisque je m'en souviens - c'est quoi, ces rires, là-bas ? Non je ne suis pas si vieux - nous connaissions des périodes parfois néfastes où les légumes et les fruits étaient assez chers.
A cette époque, le poste "alimentation" du budget des ménages était assez élevé. Beaucoup plus qu'il ne l'est aujourd'hui. On gaspillait moins et on dispersait moins ses ressources en produits de consommation qui sont loin d'être essentiels. En échange, nous ne tombions pas malades - allergies, asthme et autres menues misères pour ne pas évoquer plus grave - sauf dans les villes où le charbon et ses fumées ne faisaient pas grand bien aux poumons des jeunes et moins jeunes. Mais ces maladies du XXIe siècle liées à la malbouffe, obésité, allergies, résistances aux antibiotiques, n'existaient pas.
Oui, les paniers sont un peu maigres ces jours-ci, peut-être, mais tout compte fait ils ne sont pas plus chers que les produits de même qualité apparente que l'on trouve dans le commerce courant. En fait, on ne trouve pas de produits ayant la saveur de ceux que nous fournissent Alain et Véro. C'est mon avis et je l'exprime puisqu'on me l'a demandé.
Je suis conscient que nos producteurs qui aiment leur métier et font tout pour nous faire plaisir, nous permettre de faire découvrir à nos enfants, aux plus jeunes d'entre nous le goût du bon et du sain, ne se satisfont pas de la situation actuelle. Coincés dans la limite de la casse, ils ne peuvent pas planter, ils voient les légumes qui font la gueule et refusent de démarrer en attendant des jours meilleurs...
Raison de plus pour les soutenir (les producteurs et les légumes, bien sûr) et tenter de leur remonter le moral. Nous ne sommes pas les clients de commerçants mais bien les membres d'associations activistes. Pas au sens de la politique partisane, mais d'une politique au sens étymologique du terme, à savoir l'organisation de la cité.
A notre humble niveau, tout en nous nourrissant le corps, nous avons adopté une attitude volontariste. Nous ne faisons pas de bruit, nous nous retrouvons tous les vendredi au club de notre association sous les platanes, devant une boutique qui dans son domaine mène la même action.
Alors, comme nous nous regroupions sous les arbres, dans mon enfance, pour partager l'eau allongée de café et le quignon de pain avec le bout de saucisson et de formage lors de la pause de midi lorsque nous faisions les foins au rythme des vaches de trait, serrons nous les coudes autour de nos producteurs et pour les Platanes, autour d'Alain et Véronique. Ce n'est qu'une mauvaise passe et tant pis si nos paniers sont un peu légers en cette période, du moment que cette crise passagère - une saison au pire - ne les force pas à mettre la clé sous la porte.
Serrons nous les coudes, pour eux, pour nous et surtout pour que la production de légumes et de fruits ne devienne pas un jour ce que j'ai vu en matière de tomates en Hollande, sous des serres, sans terre et avec des liquides "nutritifs" qui ressemblaient plus des "poutingues de sorciers" qu'à ce qu'on doit attendre de l'agriculture. Autant dire que les tomates ainsi produites n'avaient de tomates que l'apparence extérieure. Sans goût, farineuses, elles ne pouvaient servir à rien. Nulles en salades, nulles en sauces, nulles mêmes farcies. Mais elles commençaient à trouver leur clientèle parmi les ignares de la gastronomie.
Au moment où notre monde semble enfin se rendre compte de certaines de ses dérives - sans forcément les prendre en compte - ne mollissons pas. Soutenons nos producteurs. S'il en était qui sentent la tentation de revenir à l'agro-industrie, qu'ils nous en parlent avant. Mais le système des AMAP qui nous laisse la surprise - partielle - du contenu du panier chaque vendredi permet aux producteurs de limiter leur dépendance vis-à-vis des banques, donc de moins souffrir de la météo. Et ceci parce que nous en souffrons tout un petit peu. Endurer à deux-cents familles + une famille de producteurs est moins lourd que de tout subir à une famille, seule, de producteurs.
Pardons d'avoir été un peu long, mais je tenais à vous dire que, comme marin de plaisance, je sais très bien que la météo ne se conjugue qu'au conditionnel et qu'elle ne s'exprime qu'à l'impératif ; et qu'un "coup de chien" est plus facile à étaler en équipage qu'en solitaire.
Amitiés à tous,
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